Jissa Phoenix

Phoenix is back, once more !

Violeurs vénérés par fans conditionnés

Classé dans : Blogroll — jissa at 7:49 on Mardi, juin 6, 2017

C’est fou ce soutien aveugle à un “présumé innocent” qui est aussi ainsi un “présumé coupable” d’un crime ignoble. Car, puisqu’il semble nécessaire de le rappeler en ces temps de banalisation de la culture du viol même dans les plus hautes sphères internationales, un viol -de plus, “aggravé”- n’est pas un vol à l’étalage !!!

Sans mentionner sa première condamnation aux USA pour des faits similaires ainsi que ses propos presqu’exclusivement misogynes dans tous ses tubes ! Allô, docteur ?

Non, s’il n’y a ne serait-ce qu’un ersatz de doute sur sa culpabilité, ce soutien deviendrait complètement inconscient, révoltant et nauséabond. Ce qu’il est déjà…à mes yeux. Mais peut-être que ma vue n’est pas si bonne…qui sait ? En tous cas, je ne me permets de faire que des suppositions en espérant avoir raison d’avoir foi en la justice.

Surprenant : non, le monde ne va pas sombrer !

Classé dans : Blogroll — jissa at 5:33 on Mardi, novembre 15, 2016

Surprenant : non, le monde ne va pas sombrer !

 

Je suis surprise de constater la surprise des populations face à la montée des extrémismes et des revendications communautaristes de par le monde. Elles ne sont, en effet, que les conséquences « naturelles » de la mondialisation sauvage. Une globalisation qui, jusque là, n’a profité qu’à ceux qui avaient les moyens de le faire. Alors même qu’internet n’était qu’un projet, des spécialistes ont tenté de mettre en garde les médias, et donc les peuples, contre ces potentiels abus. Mais ils sembleraient que ces derniers soient restés sourds face à un scepticisme jugé réfractaire  en ces temps d’euphorie collective.

Il était pourtant évident que, outre l’élargissement du fossé économique entre classes sociales et entre pays, voire même entre continents, l’une des conséquences les plus frappantes serait le protectionnisme et son pendant social : le repli identitaire pour tous ceux qui sont plus que frileux à l’idée qu’eux et leurs tribus ne seront peut-être plus « eux-mêmes » dans une communauté mondialisée à géométrie variable. D’où un certain magnat mégalomane et raciste à la tête d’un pays où l’argent est roi (pour ne pas dire plus, ce serait du blasphème !). Il est l’incarnation même de toutes ces dérives. Et tout le monde y va de sa propre (petite ou grande) théorie du complot : Donald, Poutine, la Chine, l’Iran, les terroristes…et si, autrefois, l’assassinat d’un simple archiduc a pu mené à une catastrophe planétaire alors… ?

Or, je vous le dis : non, nous n’allons pas sombrer !

Regardez, écoutez, lisez…mais faîtes le bien. N’écoutez pas ceux qui ne parlent que des trains qui arrivent en retard. J’aimerais tant qu’il y ait un « journal du bien », celui où l’on se remémore que les temps des vrais guerres, fratricides mêmes, étaient monnaie courante, dévastaient partout dans le monde et que cela est heureusement de plus en plus rare. Bien sûr, nous devrions être arrivés beaucoup plus loin au XXIème siècle, « shame on us » mais regardez partout les progrès : qu’en est-il de la peste, du choléra, des grandes épidémies et même du sida… Oui, partout le monde va mieux.

Voyez comme le monde se mobilise (enfin !) pour la préservation de la Nature, de notre Terre que nous avions tant malmenée. Pas plus tard qu’hier, Ban Ki-Moon affirmait, à l’occasion de la COP22 de Marrakech, qu’il s’agit : (d’)« un record à couper le souffle pour l’entrée en vigueur de l’accord de Paris », et ajoutait que « 109 pays ont ratifié l’accord, et ça continue d’augmenter chaque jour, chaque heure. ». On a beaucoup à gagner en agissant maintenant. » Et voilà, c’est dit : on a beaucoup a gagné en agissant de la sorte. Car, le seul bémol est que, si l’on se solidarise aujourd’hui, il paraît évident que c’est par instinct de conservation, pour la survie non seulement de notre planète mais de tout notre système. J’aurais aimé que cela se fasse pour d’autres raisons mais c’est déjà cela de gagner. Oui, nous y sommes obligés mais pas toujours pour les mêmes raisons.

Les populations souhaitent un monde plus conscient, responsable et surtout « humain », partout ce désir se concrétise par des actions parfois surprenantes : ici, on nous propose de partager son café avec un sdf, là, on offre une réduction aux gens qui s’embrasse en pleine salle de restaurant, ailleurs un chanteur à succès fait bénéficier de l’électricité à 60 millions (oui, vous avez bien lu : 60 millions) d’africains ; on installe des potagers en pleine rue gratuits et accessible à tous ; des bibliothèques participatives et gratuites sont dressées ça et là ; on organise des « fêtes de voisinage » ; des musulmans protègent des lieux de cultes chrétiens dans des zones de conflits et vice-versa ; des réfugiés sont (tant bien que mal) accueillis jusque dans les familles ; des artistes se mobilisent plus que jamais pour une paix durable…tandis que les gouvernements se préoccupent de leur lendemain : ils voient bien que l’évolution du monde emprunte désormais sa voie « naturelle » (car la Nature, elle, va toujours dans le sens de la pérennité) et donc plus juste et surtout plus équitable, que cette globalisation va bientôt profiter à d’autres, les renforcer et déséquilibrer les rapports de force mondiaux. Alors, tout est bon pour tenter d’en recueillir encore les miettes de privilèges qu’ils ont trop longtemps considérés comme dus. Et si, au lieu de vainement résister, ils se mettaient à évoluer ? Main dans la main. Que les gouvernements fassent leur propre révolution contre des fantasmes d’un autre temps ? Car, celui-ci, je vous le dis est le temps de l’innovation, de l’empathie, du réveil de la conscience et enfin…de « l’humain ».

Combattre “la laide”

Classé dans : Blogroll — jissa at 6:25 on Mercredi, août 31, 2016

Si je suis restée si discrète pendant tout ce temps, c’est que je ne souhaitais pas préoccuper mes amis ni ma famille tant que la maladie ne m’avait pas totalement oubliée. Il y a eu aussi une rencontre qui provoqua un déclic en moi : une scénariste qui venait nous proposer de produire un film sur le cancer avec un titre au nom très évocateur pour moi. Rien qu’à ce dernier, j’avais tout compris. Il remua tellement de choses en moi ! Moi qui pensais que j’étais désormais blindée… Nous avons alors discuté et elle me fit par de son admiration pour une jeune actrice qui avait eu le courage de ne rien cacher des ravages de sa maladie. Quelle source d’inspiration !  

Aussi, désormais, je me fais un devoir de témoigner. Je le dois à toutes ces personnes qui souffrent en silence, aussi bien les malades que leurs familles. Car, cette aventure est aussi la leur. Cette traversée du désert est aussi leur destin. C’est un travail d’équipe, une épreuve qui rassemble et qui vous fait reconnaître également les vrais amis, des autres. Une fois surmontée, elle vous peut même vous sembler comme une chance, un obstacle fédérateur pendant lequel l’amour prend les rennes. Selon plusieurs études médicales, le soutien psychologique est vital lors de ces combats, que ce soit au sujet du cancer ou notamment d’état comateux parmi bien d’autres. J’en profite ainsi pour remercier tous ceux qui m’ont affectueusement accompagnée. Mes parents, si exceptionnels, qui-malgré leur choc et leur peur- m’ont appris à rester optimiste et confiante ; mon frère et ma belle-sœur qui furent là, à chaque étape, et qui me manifestèrent une réelle affection ; mon grand-père qui s’inquiéta et compatit sincèrement ; mes oncles et ma tante qui, bien que très loin géographiquement, m’ont soutenue affectueusement, le plus jeune, docteur en médecine nucléaire me proposa de partir me soigner chez lui, au Canada car il était justement spécialisé dans ce genre de traitement mais, pour la raison que je viens d’évoquer, je ne pouvais raisonnablement pas le faire ; puis, il y a eu mes amis, bien sûr, bien qu’ils ne furent que très, très peu à être au courant et qui me boostaient en permanence ; et, enfin, ma fille qui me servait de moteur. Pour elle, je pouvais tout supporter. Je le devais, c’était un devoir à la fois pour son bonheur que pour le mien car le mien faisait le sien. Je tiens aussi à remercier mes deux médecins qui se montrèrent à la fois performants et très humains. Ils m’ont beaucoup aussi beaucoup soutenue. Et, bien sûr, last but not least, je remercie Allah pour…tout ! Tout simplement.

Alors, voici mon histoire :

Début 2013, je suis atteinte d’une toux. Rien de bien spécial, je prends un traitement classique. La toux persiste. Bientôt, elle est accompagnée de petites douleurs au cœur et au dos. J’ai toujours été une petite nature, je m’inquiète pas plus que ça surtout que le cardiologue m’avait assuré qu’il n’y avait absolument rien d’anormal. Mais je tousse toujours, de plus en plus fort et en continu, je ne m’arrête quasiment plus ! Et les douleurs au cœur sont bien réelles. Je n’étais même plus capable de donner les cours que je dispensais à l’époque. De plus, les parents étaient visiblement inquiets. Je décidai alors d’aller consulter un pneumologue. Ce dernier me dit que je n’avais strictement rien, que ça devait être simplement le stress. Je toussais toutes les 30 secondes et ce n’était rien ! Le stress, je connaissais, bien sûr, les troubles psychosomatiques aussi mais là, ça faisait tout de même beaucoup ! Devant mon insistance, il a finalement accepté de m’envoyer faire une radio « accessoirement ». Je fonce au centre de radiologie. En tant normal, on me communique les résultats quasiment à l’instant. Mais, cette fois-ci, les médecins s’attardent. L’infirmier revient pour me dire de ne pas me rhabiller tout de suite. J’attends. Ils continuent à débattre dans la pièce à côté. L’infirmier revient, visiblement inquiet : il me demande si je peux revenir le lendemain « à la première heure ». Je réponds que j’ai des cours à donner. Il insiste et me dit : « non, il veut mieux annuler car vous allez peut-être rester un bon petit moment avec nous… ». Mes poumons ! Ça y est, ça ne peut être que ça. Bon allez, sois forte ! Tu ne sais même pas encore ce dont tu souffres, tu ne vas pas déjà commencer à psychoter. Mais, déjà, tout se mélange dans ma tête. Ce que je ne sais pas encore, c’est que le radiologue avait déjà filé, en blouse, chez ma mère, à son cabinet, pour lui apprendre –avant qu’elle ne l’apprenne notamment par moi- qu’il avait vu une calcification près de mon poumon gauche. Je ne savais pas ce que cela signifiait vraiment mais, au moins, ce n’était pas à l’intérieur, me dis-je !

Là, ce fut le début d’une longue enquête médicale. Le lendemain, on m’envoya à l’hôpital Cheikh Zayd, à Rabat, où ils ont un scanner très performant. Mon petit frère m’accompagna. Il était pâle même si nous faisions tout pour en rire. Enfin, pour essayer de le faire parce qu’avec ma toux… Elle ne s’arrêtait tellement plus que les techniciens n’arrivaient pas à prendre le scanner. Pourtant, cela ne nécessitait à peine que quelques secondes ! Finalement, nous avons réussi à le faire. En sortant de l’hôpital, je sens une odeur de café alléchante. À jeûn depuis la veille, je ne peux céder à la tentation. Je commande, je m’attable, je lève à la tasse pour la porter à mes lèvres et là : « stop ! ». Mon frère est en pleine conversation téléphonique : on vient de lui dire que je devais prolonger mon jeûne car j’avais un autre genre de scanner plus poussé à faire. Changement d’établissement : nous arrivons dans un centre dernier cri, le seul à réaliser ce que l’on appelle le « petscan », autrement dit un scanner de tout le corps. On vous injecte un liquide qui vous chauffe le corps à la seconde même et qui vous laisse un goût de métal dans la bouche. Mais bon, il y a bien plus désagréable. S’ensuit alors une hospitalisation, toujours en quête impatiente de diagnostic. On me place du côté des jeunes « accouchées », cela serait plus agréable. Enquête, toujours. Un soir, le médecin en arrive même à me demander si je m’étais déjà injectée de la drogue avec une seringue !!! « Vous plaisantez, j’espère ? ». L’attente devient trop pesante : mes parents sont morts d’inquiétude, bien qu’ils se montrent rassurants avec moi ; je vois bien que ma mère a les yeux rouges quand elle entre dans la chambre; mon frère et ma belle-sœur ne me quittent pas un instant, allant même parfois jusqu’à dormir avec moi à la clinique. Un soir, ils me filent un DVD : « l’odyssée de Pi ». Très inspirant !

Lymphome non hodgkinien. Voilà. Voilà ce que c’était. Le nom ne me disait évidemment pas grand-chose. Et l’on ne m’expliqua rien pendant un bon bout de temps. Je les entendais seulement discuter sans arrêt dans le couloir et revenir me voir, le visage grave et la parole rare. En fait, je ne sus les choses que par hasard. En effet, alors que j’étais descendue faire un nouveau scanner, le technicien me dit : « c’est vous qui allez commencer la chimio lundi ? », « non, non, vous vous trompez, c’est pas moi. »,  « Hm, ne vous en faîtes pas, ça se guérit très bien, ce genre de cancer.» ! Ah, d’accord. J’ai toujours été certaine que j’allais en arriver là, un jour. C’est bizarre. Et la confirmation ne tarda pas : j’en parle à ma mère, elle fond en larmes disant qu’ils voulaient juste ma protéger jusqu’au dernier moment. Je répondis juste : « ah non, c’est cool ». Ils éclatent d’un rire nerveux: « cool » ? « Toi alors ! », lancent-ils. Nous rions tous.

Pourtant, c’était mal parti. Ma mère avait prévenu les médecins comme quoi j’étais très fragile, autant physiquement que psychologiquement. Allais-je supporter la chimio ? J’avais en effet un corps affaibli. Je pesais alors 44 kilos, toute habillée, pour 1m65. J’étais médicalement en maigreur avancée. Et la masse était très importante et particulièrement mal située : entre le cœur et le poumon gauche. D’où la toux et tout le reste… Je commençai alors les séances de chimio : 1 semaine sur 3, j’avais droit à 2 jours de traitement. Le produit venait de sortir aux Etats-Unis et il limitait fortement les effets secondaires. Je ne devais supporter les vertiges et les nausées que ces 2 jours. Le reste du temps, j’étais sous corticoïdes. Et là, surprise générale: la chimio me boosta immédiatement le corps ! J’avais plus d’énergie, je mangeais (beaucoup) plus, mes petits déséquilibres hormonaux disparurent, j’avais une mine superbe. Bref, j’étais comme neuve.      

Restait la fameuse question des cheveux, le médecin me dit tout de suite qu’il fallait les couper dès la première séance ! « Oui mais peut-être qu’ils ne tomberont pas, vous dîtes vous-mêmes qu’avec le nouveau produit… », suppliai-je presque. « Coupez-les ! Progressivement, si vous voulez mais, croyez-moi, ils vont tomber. ». Et moi qui était enfin heureuse de les retrouver longs ! Cela m’avait demandé tellement de temps et de soins ! Je les coupai alors au carré, progressivement, comme il l’avait conseillé, gardant au fond de moi l’espoir qu’ils fussent épargnés. Mais, dès le lendemain de la première séance, la chute commença. Chaque matin, je trouvais mon oreiller recouvert de mèches. Une sensation étrange. Mon corps était malade, oui, à l’intérieur mais, là, quelque chose à moi se détachait de moi… C’est très différent. Au début, je portais un foulard, je tentais de me convaincre que cela pouvait même être amusant. J’en pris de toutes les couleurs pour me remonter le moral. Mais, en réalité, j’avais peur que les gens remarquent ma perte de cheveux : je ne voulais surtout pas qu’ils ressentent de la pitié comme pour ne pas la ressentir moi-même !  Après quelques semaines, je reçus ma perruque. Ah, enfin ! Je l’attendais impatiemment. Avec ma belle-sœur, nous nous étions amusées à en essayer plusieurs. C’était drôle, c’est vrai, mais…c’est indescriptible. C’est comme si l’on mentait au monde. Une sorte de mascarade malvenue. On fait croire à tous que l’on est encore une femme parmi d’autres…alors que l’on ne l’est plus tout à fait. Plus à mes yeux, en tous cas. Certaines le font par choix et je respecte ça, évidemment. Cela a même été une chose que j’avais voulu tenter alors que j’étais adolescente. Mais, cette fois-ci, c’était différent. D’ailleurs, au moment de me préparer à la vêtir, alors que mon frère et sa femme s’étaient un peu éloignés, je ne pus m’empêcher de verser une larme, en silence, cela fut la première et dernière de tout ce long chemin.         

C’est alors que je fis une erreur monumentale et j’aimerais que cela serve de leçon : je me suis enfermée, je ne voulais « importuner » personne avec mon état, surtout qu’au Maroc, les superstitions sont tenaces concernant ce que l’on appelle « la sale maladie », personne n’aime l’évoquer, je ne fréquentais alors plus quiconque et ne sortais plus que pour recevoir mon traitement. Ne le faîtes pas, jamais ! Pendant de longs mois et même (beaucoup) plus, je me suis murée –sans jamais, jamais me plaindre pourtant- car j’avais comme un lourd secret au fond de moi, je ne voulais pas le partager, pas à ce moment-là, de peur de craquer. Alors, je l’ai tu. Et je suis probablement passée à côté de moments merveilleux. Néanmoins, j’en ai vécu d’autres, d’un autre côté. Je me suis précipitée à dire « je t ‘aime » à ceux qui comptent ; à passer plus de temps en leur compagnie, à être plus patiente, compréhensive et affectueuse avec ma fille. J’ai savouré chacun de ces moments. Ils sont gravés dans mon cœur. Tout cet amour, c’est ça que j’ai gagné ! Je vous en remercie.

Comme je viens de le dire, nous devons combattre, au Maroc et dans beaucoup d’autres pays dans le monde, les préjugés et les superstitions autour de cette maladie que l’on qualifie de « laide », ici. Une fois, une personne m’a ordonné de mettre ma perruque car elle ne supportait pas de voir mon crâne dégarni ! Une autre fois, un ami très proche m’a appelé et m’a immédiatement raccroché au nez dès que je lui ai dit que j’avais un cancer ! Il ne m’a plus jamais rappelée…  Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il existe des pathologies beaucoup plus lourde et handicapante mais que l’on stigmatise celle-ci en particulier ! Pourquoi ? Surtout qu’aujourd’hui, les traitements existent et que l’on en guérit de plus en plus. La preuve : moi.

Faîtes passer le message !    

                  

   

    

 

Cacophonie marocaine: la voie symphonique ?

Classé dans : Blogroll — jissa at 3:43 on Jeudi, juin 16, 2016

Passant devant une mendiante: “maman, la dame m’a parlée en Arabe, c’est bizarre! L’arabe, c’est juste pour la maison.”, remarque ma fille. La claque! C’est le moment où tu sais que tu dois sérieusement rétro-pédaler. Et vite! “Maman, pourquoi le monsieur dit que ce n’est pas bien d’épouser un français alors que tout le monde parle français dans ce…monde?”. J’explique alors que le monde entier ne parle pas forcément français. Les Italiens parlent leur langue ainsi que les anglais… “Oui et nous on parle français donc on est…France!”. Pas exactement, ma chérie…c’est le cas pour nous car cela fait partie de notre histoire, de notre réalité etc… “On parle “marocain” alors?” Pas exactement encore une fois… Disons qu’on parle arabe dialectal. “Ah, nous habitons en Arabie alors ?”. Waouh ! Pas simple. Et encore, je n’avais pas mentionné le Berbère ! Le choc a été d’autant plus violent que je m’étais toujours indignée sur le fait que les parents d’enfants de cette nouvelle génération ne pouvaient s’empêcher de s’enorgueillir de voir leurs bambins parler exclusivement français, et même anglais (c’est de plus en plus le cas), en refusant de pratiquer leur langue natale. Je ne compte plus les fois où j’ai eu cette désagréable conversation. Mon cas est encore plus grave étant donné mon complexe vis-à-vis de la langue arabe que je n’ai malheureusement commencer à maîtriser (et encore je parle seulement du dialectal) que sur le tard. Après une enfance passée en grande partie en France, des études dans les écoles de la “mission française” puis à Paris, j’ai rarement eu l’occasion de m’y consacrer vraiment. Et ce n’était pas par manque d’intérêt ni de volonté! Juste un concours de circonstances. Ce qui me manque le plus, c’est de pouvoir goûter au miel de la poésie arabe, lire le Coran, me plonger dans les films épiques orientaux, lire les philosophes, avoir le plaisir de comprendre et même de parler quelques instants le syrien ou, mieux, en libanais. Oh, ces accents à vous faire fondre! Je ne veux surtout pas que ma fille puisse manquer tout ça. Et puis, surtout, surtout, je souhaiterais avant tout qu’elle soit parfaitement ancrée dans sa marocanité. Une identité particulière, une mosaïque, on l’a vu, composée de nombreuses cultures et donc, plusieurs langues. Une identité qui, je l’espère, saura se “baser” d’ici-là. Il en va de l’avenir de nos enfants et de notre destin à tous. Car, comme je le dis souvent, qui veut prétendre se fondre dans l’universalité (ou la mondialisation si vous voulez mais c’est moins poétique du coup) en toute force, confiance et sécurité, devrait impérativement savoir précisément d’où il vient, ce qu’il est, qui il est et sur quoi repose le socle de son identité. Ce n’est qu’à ce prix, ce travail sur soi passionnant, qu’il pourra enfin éclairer les esprits et rayonner pour lui et aussi pour bien d’autres. J’aimerais que ce dessein que je souhaite pour ma fille ne sera pas qu’un voeu pieux. Mais voilà, la réalité nous rattrape. Il faut prendre des décisions, et vite! L’école publique? C’est inenvisageable. Malheureusement. Une école privée? C’est déjà mieux. La grande mode y est aux langues, français et anglais et déjà souvent au détriment de l’arabe. En cette fin d’année, j’ai assisté à 2 spectacles où ne fut prononcé quasiment aucun mot en cette langue, pourtant maternelle pour la quasi-totalité des élèves dont fait désormais partie ma propre fille! L’autre problème réside en les programmes scolaires pour le moins inadéquats et surtout, une pédagogie très souvent défaillante. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de parents se saignent pour placer leurs enfants à “la mission française”. Et ce n’est pas toujours par snobisme ou, pire, par complexe du colonisé! L’enseignement français rayonne en effet dans beaucoup de pays avec lesquels ils n’entretiennent pas ce genre de relations historiques. Cela veut bien dire quelque chose. Un enseignement de qualité, donc, mais qui se suit presque toujours au détriment de la langue maternelle, quel que soit le pays d’implantation. C’est dans l’un des derniers communiqués de l’agence même. Il en est apparemment de même pour les autres “missions étrangères” (américaines, belges, espagnoles…). Qu’en sera-t-il de la nouvelle en date: l’école anglaise qui ouvrira la porte cette année?

Bref, le choix n’est pas simple ni anodin. Espérons seulement que cette actuelle cacophonie se muera en une belle mélodie appelée à créer ce que l’on appellera alors “la Symphonie Marocaine”.  

“Marrakech du Rire” by Jamel Debbouze: un festival qui me fait rire…jaune !

Classé dans : Blogroll — jissa at 7:03 on Mardi, mai 31, 2016

Chaque année, c’est la même chose: un vrai tintamarre ! Le festival du rire est annoncé à coups de promos implacables, assourdissantes en ce qui me concerne. Non pas que je n’aime pas rire. Du tout. Et de tout ! Je possède même un sens de l’auto-dérision non négligeable. Et, au vue de ma naturelle maladresse, il y a de quoi faire!

Non, ce dont j’aimerais vous parler est autrement plus grave. Je vais en choquer certains, je sais pertinemment que la plupart ne me croiront tout simplement pas mais voila les faits véridiques, tels qu’ils se sont déroulés.

2004, je venais de rentrer au pays après des études à Paris. Inspectant le terrain, je cherche alors une niche dans laquelle je pourrais investir et m’investir. Il était évident que je m’engagerais dans ma voie “naturelle” qui est le cinéma et la télévision mais il me fallait frapper un coup, le plus fort possible, pour m’installer et m’implanter solidement dans le paysage culturel marocain. Une manière de me réaliser moi-même et d’apporter un plus à ce pays que je chérissais tant. Tout un programme ! Il faut dire que je n’avais pas même 22 ans. A à peine 22 printemps, on a pas le temps de s’embarrasser de problèmes “techniques”! D’autant plus que mon ami intime de l’époque faisait tout pour m’encourager à voir grand, trop grand sans doute. Je lui demanderai ultérieurement s’il souhaite que je révèle son identité ou non. Pareil pour mon camarade français qui était tout à fait au courant du projet.

Bref. Un jour, lisant une interview de Hanane Fadili dont j’apprécie le travail, ce fut une révélation: de tous les festivals que nous avions désormais, aucun ne mettait en valeur les humoristes! Pourtant, les marocains sont connus pour leur sens de l’humour et friands de situations cocasses diverses et variées. Alors, je m’inscrirais dans cette ligne-ci, une niche aussi vierge que prometteuse. Mes amis sont ravis et enthousiastes. Entre temps, nous sortons un nouveau magazine dédié à l’emploi. Improvisés journalistes, nous nous rendons à quelques événements.

Un jour, mon ami m’annonce que nous avons des invitations pour assister à la conférence de presse de Jamel Debbouze à l’occasion de sa présentation prochaine de son nouveau spectacle: “100% Jamel”. Ok, sympa. Nous nous y rendons. Pendant la conférence, je ne peux m’empêcher de lui poser une vraie question: quelle était son intention, lui qui avait jusque là refusé d’être un étendard de la jeunesse beur, dans le fait de s’exprimer ou non sur la montée de l’islamophobie et de l’antisémitisme naissants en France ? Silence gêné et gênant. Tous me braquent de leurs yeux. Lui, sourit du coin des lèvres, réfléchit un instant et répond. Je ne me souviens même plus de cette réponse tant mon coeur battait et mes mains tremblaient de cette audace publique. Pourtant, j’aime particulièrement m’exprimer publiquement mais là, tout dépendait de la réaction de mon interlocuteur. Je n’étais pas seule maître à bord. En deux mots bien placés, il aurait pu me remettre à ma place. Mais non, il fut charmant et me remercia pour cette question. A la fin de la conférence, tous se précipitèrent sur moi pour me demander mon identité et ma profession. Lui, la star, prenait des photos bien sûr puis il se mit à l’écart en me fixant dans les yeux. Je suis alors rapprochée et lui ai dit tout le bien que je pensais de son parcours…

Et là, l’occasion était trop belle: je lui fais part de mon fameux projet de festival de l’humour. Oui, j’ai eu cette…bêtise! Une naïveté me caractérisant depuis toujours qui a fait que je pensais qu’il serait ravi d’aider de jeunes marocains tels que mes amis et moi-même, qu’il serait honoré de nous parrainer et tout le tralala…! Ses yeux pétillèrent! Lui qui avait, au début de notre entretien, l’air très grave et sérieux, il était soudain tout excité et très souriant. Il me demanda alors où je comptais l’organiser. “Marrakech”, “ah bon, et pourquoi?”. Je répondis que c’était évident: Marrakech est la capitale de la blague et de l’humour marocains ! Il sourit encore plus largement. “Oui, je serais fier d’être votre parrain et de mettre à votre disposition mes moyens et…mes contacts, ça marche!”, me promet-il. Je lui remets alors ma carte de visite et il ordonne aussitôt, sur un ton étonnement sec, à son garde du corps (Jean-jacques? Je ne sais plus.) d’envoyer illico mes coordonnées à Paris. Puis, comme pour ne pas gâcher ce moment intense en émotions, comme à mon habitude, je m’éclipse. Mon ami, lui, va au cocktail et échange quelques mots avec lui. Il revient me faire part de l’invitation de Jamel de venir regarder un match du PSG avec ses amis, dans sa chambre ou plutôt, sa suite. Gênée, je refuse. Je demande alors à mon ami d’y aller seul mais l’attachée de presse fait barrage.

Sur le chemin du retour, mon ami me lance: est-ce que tu es consciente de ce que tu viens de faire? Tu viens de lui livrer un concept clé-en-main, l’idée suprême de sa carrière! “Mais enfin, il a déjà le succès et l’argent, il ne lui manque que le prestige d’aider de pauvres jeunes marocains comme nous à promouvoir et son métier, et leur pays. Avec son parrainage, une fois qu’il nous aura pris sous son aile, nous serons assurés du succès et pourrons faire enfin quelque chose de constructif pour nous et pour les autres! C’est notre rêve, non?”. Un rêve, oui… 

 

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